A Lyon le vendredi 23 janvier, tout a commencé par une séance de dédicaces à la librairie Decitre Bellecour, dans une ambiance chaleureuse malgré une pluie battante. Et puis, Mireille, cheffe-d’orchestre de la CCB Lyon a reçu les plus courageuses et courageux rue Sala, pour écouter l’autrice et échanger avec elle.

Les Éditions de l’Atelier ont créé une collection pleine de dynamisme qui s’appelle « En finir avec les idées fausses ».  Elle aborde de nombreux thèmes comme celui de la pauvreté, de l’écologie, de la laïcité, ou de l’agriculture. Deux titres de cette collection interrogent les idées fausses sur l’islam et sur le judaïsme. C’est dans la ligne de ces publications, que m’a été confiée la rédaction du livre En finir avec les idées fausses sur le christianisme.

Comme tous les livres de cette collection, cette étude espère ouvrir sur un échange constructif. Trop de préjugés, d’approximations, et d’habitudes, encombrent notre regard sur un univers que nous croyons connaître sans vraiment le réinterroger. C’est particulièrement le cas avec le christianisme, tellement présent dans la culture occidentale qu’il transporte des fausses évidences sans qu’on s’en rende toujours bien compte, ou pire, des idées reçues qui sont instrumentalisées. « L’identité chrétienne » est mise aujourd’hui à toutes les sauces, y compris les pires, c’est peut-être pour cela que la revue LAC de la Mission de France en a fait le sujet de son dernier numéro[1]. Comme l’explique le philosophe Guillaume Dezaunay, ce n’est pas le moindre des paradoxes que l’extrême droite chrétienne incite à être « fier » de son identité chrétienne, et à la revendiquer « contre » d’autres groupes. C’est, en effet, l’exact opposé de ce que dit l’Évangile qui, au contraire, appelle à l’humilité, remet en cause les privilèges, et demande un amour sans frontières, sans rejet de quiconque, pour atteindre l’universel. Mais comment faire cohabiter des valeurs d’ultra droite et l’Évangile ? C’est ce que se demandait aussi Anne-Marie Pelletier dans La Croix début Janvier, quand elle remarque qu’on invoque, -je la cite- « comme Éric Zemmour, un « christianisme » culturel, qui peut s’inventer selon les besoins de l’idéologie, en ne s’encombrant surtout pas du Christ qui énonce ce que l’on n’a surtout pas envie d’entendre. » Et elle ajoute : « Il résulte de cette situation que […] la rencontre avec le christianisme tend à ne subsister que sous la figure de ses contrefaçons, associées à des politiques de l’exclusion, de l’égoïsme national, en affinité avec le pire du XXsiècle[2]. Les « à peu près » que l’on véhicule sur le christianisme permettent de tels débordements, mais il faut les corriger, pour ne pas prêcher un christianisme sans Christ, qui suggère de ne plus s’accrocher « aux plis d’une Église universelle et à son message humaniste » (cf La Messe n’est pas dite). Le cardinal Jean-Marc Aveline dans son allocution de Lourdes en Novembre 2025 a rappelé les propos du pape Léon XIV dans sa première exhortation apostolique, Dilexi te : « Même les chrétiens, en de nombreuses occasions, se laissent contaminer par des attitudes marquées par des idéologies mondaines ou par des orientations politiques et économiques qui conduisent à des généralisations injustes et à des conclusions trompeuses. »

C’est dire qu’il est important de témoigner autrement de notre « identité chrétienne » et de remettre un peu d’ordre dans ce que nous savons du christianisme.

Dans ce livre, En finir avec les idées fausses sur le christianisme, toutes les confessions chrétiennes sont examinées, même si je les observe avec mon imprégnation catholique, ce qui parfois déséquilibre un peu les apports. Nous savons par exemple que nos frères et sœurs protestants sont beaucoup plus proches de l’Ecriture que les catholiques ou les orthodoxes, les uns cramponnés à la tradition, les autres aux Pères de l’Église. Cette différence d’approche dans les confessions issues de la Réforme a peut-être permis une meilleure ouverture sociétale. Mais comme rien n’est jamais acquis, on découvre avec certains mouvements évangéliques américains que de funestes marche-arrière sont toujours possibles…

Dans le livre, donc, chaque proposition énoncée est questionnée pour éclairer en quoi elle s’avère erronée, par exemple : dire : « hors de l’Église, point de salut », en le sortant de son très ancien contexte devient une aberration ; il faut montrer pourquoi. Autre exemple : Peut-on justifier que « Jésus assigne aux femmes les seuls rôles de vierge ou de mère » ? Et ainsi de suite, d’idées fausses en tentative de réponse.

Pourquoi le défi d’écrire ce livre En finir avec les idées fausses sur le christianisme? C’est d’abord l’envie d’ouvrir un espace de réflexion. Nous vivons dans un monde en accélération permanente, où plus personne ne prend le temps de lire, d’approfondir une pensée. Les médias, les réseaux sociaux, alimentent une information en continu qui contient autant de fake news que d’approximations, et nous fondons nos valeurs et nos acquis sur des bribes d’enseignement pas toujours bien comprises, parfois mal mémorisées, ou qui proviennent plus sournoisement d’une transmission délibérément partielle, voire partiale.

Nous croyons connaître le christianisme, et pourtant, même en tant que « christianisme culturel » … Qui reconnaît encore du premier coup, Jean le Baptiste sur les tableaux de nos musées ? Et qui pourrait raconter l’histoire de Judith en voyant une femme qui coupe la tête d’un homme endormi ? Et plus difficile encore : que fait ce jeune garçon avec un poisson et un ange à ses côtés ? Quelle joie pourtant de raconter à des enfants émerveillés, les aventures de Tobie, et de leur expliquer comment d’un poisson, peut venir le moyen de guérir ceux qu’on aime… Pire : qui sait pourquoi on fête la naissance de Jésus le 25 décembre, et depuis quand ?…

Comme personne ou presque ne lit la Bible, c’est facile de lui faire dire n’importe quoi.

Ce petit livre espère donc remettre un peu d’ordre dans les représentations que nous nous faisons d’une religion qui imprègne toute notre civilisation. Cela permettra aussi de donner des armes à celles et ceux qui s’interrogent devant certaines affirmations cléricales qui sont quelquefois « paroles d’Évangile », mais pas toujours.

Alors, à qui s’adresse finalement ce livre ? Il veut interpeller tout le monde ! Pas seulement les chrétiens ; il veut dire que non, le christianisme n’est pas le monde de l’exclusion et du jugement d’autrui ; c’est une invitation permanente à la relation ; c’est un impératif de voir en chaque humain un être à aimer et à respecter.

Enfin, ce livre n’a en aucune façon la prétention de se prendre pour un nouveau catéchisme, ou de donner des leçons. Il se veut plutôt une invitation à l’échange, au dialogue, avec toutes les personnes de bonne volonté qui ne se résolvent pas à avancer tête baissée, confortées par des certitudes souvent biaisées. En résumé , ce livre veut confirmer que le christianisme ne demande rien d’autre que de s’ouvrir à la joie d’une rencontre, à cette alliance tant annoncée et qui ne demande qu’un « me voici », cet hinéni que clame Abraham à Dieu, et que redit Samuel. C’est aussi, sous une autre forme, ce que dit Marie à l’ange (Lc 1,38) : « Que tout se passe pour moi comme tu me l’as dit ». C’est ce « me voici » qui nous engage dans une relation qui nous oblige, et qui dit « je suis prêt.e ».

Ci-dessous, l’enregistrement de la conférence

[1] LAC N° 327 L’identité chrétienne de naissance en naissance, octobre-décembre 2025.

[2] https://www.la-croix.com/a-vif/le-christianisme-n-est-pas-a-defendre-mais-a-vivre-20260104

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *