Michel Quesnel, Connaître Dieu à travers JéAmazon.fr - Connaître Dieu à travers Jésus: Une initiation au christianisme - Quesnel, Michel - Livressus. Une initiation au christianisme, Paris, Desclée de Brouwer, 2024, 158p.

Recension Sylvaine Landrivon

Peut-on être chrétien sans avoir lu les évangiles ? Dans l’Église catholique, il s’agit d’une situation courante bien que surprenante. L’enseignement religieux était transmis jadis et naguère par la structure familiale, -le plus souvent par les femmes-, par le catéchisme, et par la pratique de la messe ; rarement par un accès direct au texte, ce que l’institution ne recommandait d’ailleurs pas. Pour de multiples raisons, ces circuits de transmission se sont taris.

Conscient de cette distance entre le message du Christ et le questionnement de tout croyant à propos de Dieu, Michel Quesnel propose un petit ouvrage pour venir à la rencontre de Jésus le Christ. Dès les toutes premières lignes, le théologien pose le maître-mot de la foi : il s’agit d’une « relation » : « la foi n’est pas d’abord un catalogue de vérités à croire mais […] une relation, un attachement, un rapport avec un être que nous appelons Dieu » (p .9-10). Tout le reste du livre ne servira qu’à illustrer cette vérité absolue, centrale, sans laquelle rien de ce qu’exprime la Bible ne peut être reçu.

Reste à faire connaissance avec celui que nous appelons le Christ.

Qui est ce Jésus de Nazareth ? Qui nous parle de lui, et d’où parlent-ils ? À quelle date ? Et quel portrait en conservons-nous ? Tel est le sujet de l’introduction qui corrige immédiatement une image erronée que les siècles ont fabriquée : « Alors qu’on imagine spontanément Dieu comme un être tout-puissant, il est au contraire extrêmement faible, souffrant, et il accepte de disparaître » (p. 19).

Puisque Dieu est relation, Michel Quesnel propose de l’aborder à travers seize rencontres que fait Jésus, autour de huit thèmes.

La première rencontre se fonde sur le premier chapitre de Jean, et aborde l’appel des premiers disciples dans une atmosphère de pleine liberté. Elle se complète par l’envoi en mission vu par Matthieu au chapitre 10.

Le chapitre suivant révèle comment Dieu communique quand on le prie à partir de quelques versets du premier chapitre de l’évangile de Marc et quelques autres de Matthieu 6. Et cette étude nous rappelle que la prière n’est pas une action publique ostentatoire. Au contraire, « Nous n’avons pas besoin d’être vus […] et nous devons éviter d’être dérangés. […] quand nous prions ainsi dans la solitude, Dieu notre Père est là, secrètement, y compris si nous ne percevons pas sa présence » (p. 44).

Et puis, parce que Dieu fait d’abord miséricorde, l’auteur l’illustre avec Jésus qui mange avec les publicains (Mt 9,9-13) et l’épisode de la « femme adultère » (Jn 8).

Le groupe des quatrièmes rencontres se compose de femmes : Jésus s’invite chez Marthe et Marie. Michel Quesnel ne l’aborde pas à partir de l’évangile de Jean mais avec celui de Luc au chapitre 10. Il n’oppose pas le charisme de Marthe à celui de Marie et précise : « On a prétendu que la place des femmes qui n’étaient pas contemplatives était aux fourneaux, ce qui est totalement injustifié. On en a aussi déduit que Jésus valorisait la vie contemplative plutôt que la vie active ; c’est un contresens » (p. 66-67). Et à propos de l’échange entre Jésus et la Samaritaine, l’auteur souligne qu’il n’y a plus besoin d’un lieu spécifique pour adorer Dieu : « Avec l’adoration en esprit et en vérité, on est maintenant dans le domaine de l’intériorité ; il n’y a plus besoin de temples dans lesquels on viendrait offrir des sacrifices » (p. 75).

Avec la Cananéenne (Mt 15) et le Centurion (Lc 7), nous découvrons comment Jésus cède aux instances légitimes des humains, dans le cinquième chapitre. L’auteur admire l’attitude de la Cananéenne qui dévoile sa foi face à Jésus. Et il note : « la foi n’est pas d’abord l’adhésion à des croyances. C’est un rapport de confiance avec Dieu, qui entraine une façon de se comporter vis-à-vis de lui et de nos frères humains « (p. 83). Le chapitre suivant montre que Jésus ne ferme aucune porte, pas davantage à Bartimée (Mc 10) qu’à Zachée (Lc 19). L’auteur dénonce cette déviance commune à tout groupe qui se croit privilégié, y compris celui de ceux qui pensent bénéficier de la bienveillance du Christ : « si on élargit le groupe, on risque de perdre quelque chose des faveurs dont on est bénéficiaire. L’évangéliste Marc […] mentionne ici une de leurs attitudes les plus répréhensibles : ils excluent les malheureux » (p. 94).

Le chapitre 7 dévoile de quelle manière se révèle l’autorité de Jésus. Elle se place sous le signe du service comme nous le comprenons avec le lavement des pieds en Jean 13 et face à la demande trop humaine de Jacques et Jean que rapporte l’évangile de Marc au chapitre 10. Parlant des clercs, Michel Quesnel rappelle que « leur façon de gouverner n’a pas à imiter celle dont commandent les monarques ou les élus », et forme le vœu que « les membres du clergé, surtout quand ils ont tendance à exercer de l’emprise sur les fidèles, en soient davantage persuadés ! » (p. 109). Jésus est le libérateur, « aussi l’autorité exercée par ses disciples doit-elle être d’abord libératrice » (p. 115).

Enfin les deux dernières rencontres : avec le bon larron (Lc 23) et le scribe de Jérusalem (Mc 12,28-34), nous rappellent que Dieu nous recevra dans son Royaume.

Sous la conduite d’un grand exégète, nous traversons ainsi seize passages d’évangiles que va synthétiser la conclusion pour souligner que Jésus est ressuscité, que Dieu est venu d’abord pour les pauvres et les petits, et que l’Esprit saint nous assiste dans notre relation avec nos frères et sœurs.

Excellent “outil” pour faire connaissance avec Jésus-Christ et oser entrer plus avant dans la Bonne Nouvelle de l’Évangile.

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